Concours de nouvelles
Grand concours de nouvelles en partenariat avec BLF et ThéoTex
Le combat pour la joie – 2020
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Tout en marchant, je commence à entrevoir que ce voyage qui débute dans ces rues ternes et qui me conduit devant la porte de Magda, va petit à petit m’emmener hors de cette ville allongée, de cette ville morte, pleine de souvenirs, de cette ville qui pour le moment m’entoure, m’encercle et me donne l’impression de me protéger… De me protéger avec ses murailles épaisses, ses tentacules énormes. De me protéger ? Ou de m’emprisonner ? Pour la première fois, je comprends que l’un ne va pas sans l’autre. Mon bouclier ressemble à une cuirasse qui m’empêche d’avancer et qu’il me faut quitter.
J’ai peur.
Il est presque seize heures quand j’arrive devant la porte de Magda.
En l’apercevant, j’essaye de réfréner le mouvement de recul dont je suis saisie. Elle a l’air tellement vieille.
Chez elle, je me sens bien. La lumière est chaude, comme s’il n’y avait pas qu’une seule source, mais qu’elle émanait de chaque objet. Je ferme les yeux un instant. Tout est silencieux ou presque : on entend le sifflement discret d’une bouilloire, le battement régulier du balancier d’une horloge, et de temps en temps, le parquet craquer. Tous ces petits bruits insignifiants du quotidien m’assurent qu’ici, tout va bien, que tout est normal, et que je peux avoir confiance. Ici pas d’orchidées roses ou de bureau blanc. Il n’y a que les traits fatigués mais bienveillants de Magda qui m’invitent à dire ma vie. » […]