Le retour de l’enfant prodigue – Henri J.M. Nouwen – 1992
Mon point de vue
À la fois méditation, autobiographie, accompagnement spirituel et leçon d’histoire de l’art, ce livre est une invitation à la contemplation : celle d’un tableau du 17e siècle, celle de l’œuvre de Dieu racontée en parabole, mais aussi et surtout celle de sa propre âme.
Nouwen, prêtre catholique originaire des Pays-Bas, ouvre son récit en évoquant sa rencontre fortuite avec une reproduction d’un tableau de Rembrandt : « le retour du fils prodigue ». La toile propose une interprétation de la célèbre parabole racontée par Jésus dans l’évangile de Luc. Un fils cadet repentant revient vers son père qui l’accueille avec compassion et bienveillance. Plus en retrait se trouve le fils ainé, rancunier et amer, qui boude la douce lumière que dégage le père.
C’est avec cette histoire vieille de plus de 2000 et son illustration d’il y a près de quatre siècles, que commence une quête spirituelle à la recherche de la présence et de l’étreinte de Dieu, c’est-à-dire de la demeure permanente. Le thème de la maison y est abondamment développé, d’un point de vue philosophique, psychologique tout autant que spirituel.
Ce cheminement prend sa source dans un moment charnière de la vie de l’auteur. Il vient tout juste de présenter sa démission de son poste de professeur à Harvard pour rejoindre, en tant qu’aumônier, une communauté accueillant des personnes en situation de handicap mental. Le voilà donc qui passe de la scène lumineuse des conférences internationales à l’ombre du service accompli en toute discrétion, de la gloire à humilité, du piédestal au partage simple d’une vie communautaire. Cette saison de vie est en elle-même une parabole, un écho à cet appel à renoncer au contrôle de nos vies et au confort de la sécurité pour oser rentrer en soi-même et entamer le chemin du retour à la maison.
Le récit en trois actes raconte comment Rembrandt, mais aussi Nouwen, se sont retrouvés face à face avec chacun des trois personnages principaux de la parabole – le fils cadet, le fils ainé et le père. D’un frère à un autre, nous sommes invités à entrer dans les nouvelles sandales du fils cadet puis dans les bottes de fermier du fils ainé. Cet échange de vêtement, voire de peau, permet une meilleure introspection pour déceler dans notre propre voyage spirituel nos besoins profonds. S’identifier au Père semble demander plus de temps mais l’auteur y consent, ressentant que c’est là aussi sa vocation – son ancrage catholique semble l’aider à aller dans ce sens, tout en y percevant une dimension d’une profonde humilité. Il se sent appelé à être celui qui accueille, en toute grâce.
S’il semblerait que l’auteur penche du côté d’un universalisme facile et que l’œuvre de la croix ne soit pas suffisamment explicite, la véritable découverte dévoilée par le livre concerne Christ. La parabole des deux fils dévoile comment Jésus a été ce fils prodigue qui a quitté la maison paternelle, non pas pour vivre une vie de débauché, mais pour permettre à tous ceux qui savent reconnaitre leurs errements de trouver, par lui, le chemin vers le cœur du Père. Il est aussi ce fils ainé qui est toujours dans la présence du Père, qui accomplit pleinement sa volonté, non comme un esclave plein de ressentiment, mais comme un fils qui sait que son Père est bon.
Fin observateur, Nouwen interprète les différents éclairages du tableau ainsi que le placement des personnages. Le père et le fils cadet forment le premier plan lumineux du tableau. Le vide laissé entre ces deux hommes et le fils ainé raconte combien le grand frère peine à abandonner sa rancœur pour rejoindre la fête. Pourtant, ni le binôme père-fils ni le grand espace ne sont au centre du tableau. L’auteur révèle à ses lecteurs que ce sont les mains du père qui constitue l’essentiel du message du peintre. Des mains qui représentent toute la douceur et le soutien que Dieu accorde à ceux qui viennent à lui. Ce livre est donc une invitation à considérer Dieu en tant que Père pour tous ceux d’entre nous qui n’avons appris à le percevoir que comme un juge.
Certains trouveront le texte trop, voire abusivement, psychologisant, pourtant, il offre à voir, avec humilité et profondeur, combien nos cœurs peuvent être travaillés à partir d’un simple texte ou de la toile d’un grand maître, pour peu qu’on veuille bien se laisser toucher.
Pendant des heures, j’ai regardé les croquis splendides et les toiles qu’il [Rembrandt] a créées au milieu de ses épreuves, de ses désillusions et de sa douleur, et j’en suis venu à comprendre comment est sortie de ses pinceaux la figure d’un vieillard presque aveugle, tenant son fils dans un geste de compassion qui pardonne tout.
page 42
Référence
Le retour de l’enfant prodigue
Henri J.M. Nouwen
1992
Traduit de l’anglais par Rollande Bastien
Editions Albin Michel, 2008



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