Documentaire,  Romans français

Trois jours à Berlin, Christine de Mazières, 2019

Mon point de vue :

Trois jours.

Trois jours, c’est un livre qu’on lit en un jour ou en une après-midi. D’une seule traite.

L’autrice plonge le lecteur au cœur du Berlin d’avant la chute du mur — trois jours avant la chute — et y raconte les évènements qui ont conduit au dénouement que l’on connaît. Elle donne la parole aux différents protagonistes : à ceux qui sont de l’Est comme à ceux qui sont de l’Ouest, à ceux qui étaient pour le mur comme à ceux qui étaient contre, aux hommes comme aux femmes, à ceux du dedans comme à ceux du dehors. Ces récits, écrits à la première personne, sont comme les pièces d’un puzzle que le lecteur rassemble au fur et à mesure et qui lui permettront de construire une image de ce qu’a été la vie des Berlinois jusqu’à la chute du mur.

C’est un album de famille qui se constitue au fil des pages : des liens apparaissent, s’étoffent ou s’étiolent. Des liens qui parfois étouffent quand les services secrets espionnent, des liens qui parfois s’inventent quand un air de liberté souffle enfin.

Parmi ces portraits, il y a évidemment Günter Schabowski, le secrétaire du Comité central chargé des médias en RDA. C’est lui qui a prononcé cette petite phrase — devenue célèbre — qui a suscité l’espoir chez les Berlinois de l’Est. En quelques mots, il venait d’autoriser la circulation au-delà du mur. Il y a aussi des officiers en charge de la surveillance des points de passage du mur, des Berlinois ordinaires, une fille venue de Paris. Il y a Micha, le personnage autour duquel le livre gravite et dont le lecteur peut percevoir combien sa vie a été marquée par l’oppression et la surveillance du parti.

Le titre de l’ouvrage peut donner l’impression qu’il n’a suffi que de trois jours, que d’une petite phrase prononcée sur un coup de tête, pour faire tomber le mur. Mais le livre offre plus que cette perspective. Il démontre ce que le peuple allemand a enduré pendant les presque trente années de vie de ce mur. Il raconte les familles divisées, les espoirs brisés, la lente dépression de ceux qui ont été enfermés, contenus par le mur, la perte de la liberté, la difficulté de penser pour soi. Le livre donne a voir, à ressentir l’intense espoir qu’a suscité l’idée de pouvoir franchir librement le mur. Il démontre combien la simple liberté de mouvement a rempli de joie ceux qui vivaient derrière le mur. Au début, il ne s’agissait pas de faire tomber le mur, ni même de s’échapper. Juste de faire un pas de l’autre côté, de se promener une après-midi puis de revenir. « Nous reviendrons, c’est promis ». Ce livre semble se faire l’écho du cri des peuples à vouloir vivre libre. Un cri qui peut être pacifique si on le laisser exister.

L’ouvrage rend aussi hommage à tous les chrétiens qui ont prié non seulement pour que le mur tombe et que les familles soient réunifiées, mais pour que la paix l’emporte sur l’oppression. C’est en lisant ce livre que le lecteur prend vraiment conscience du miracle : le mur est tombé sans aucune violence, ni d’un côté ni de l’autre. L’autrice semble délibérément dépeindre, sous les traits de l’ange Cassiel, une providence divine à l’œuvre dans l’enchaînement des évènements ayant conduit à la chute du mur.

Trois jours, une phrase, ou encore toute une vie à lutter, voilà ce qu’il aura fallu pour que la liberté gagne. L’autrice nous dit à mots couverts que cette liberté, certains l’ont trouvé dans les livres, dans la contestation sourde, dans la fuite et parfois dans la folie. Et si le mur est tombé, certains liens sont malgré tout trop effilochés pour être réparés, certaines vies ont malheureusement été trop amochées pour être restaurées.

Oui, le mur est tombé et c’est un évènement majeur. Mais comme la ville en porte encore les stigmates sur son sol, le mur a durablement et parfois définitivement transformé ceux qui ont vécu à l’ombre de ses pierres.

… lire est un refuge. En toute logique l’imagination devrait être sous haute surveillance, et les livres de fiction, interdits. Après tout, lire des romans est improductif, c’est une perte de temps, qui procure une sorte d’évasion de l’esprit nocif à l’endoctrinement.

page 147

Références

Trois jours à Berlin
Christine de Mazières
2019
Éditeur Sabine Wespieser

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