Essais,  Spiritualité

La croix de Jésus-Christ, John Stott, 1987

Mon point de vue :

Magistral à tout point de vue, cet ouvrage offre un panorama impressionnant de l’œuvre de Christ à la croix.

Construit avec logique, clarté et rigueur, cet essai emmène le lecteur pas à pas dans une étude du sens de la croix pour le chrétien. Ce cheminement, avant tout centré sur les textes bibliques, est enrichi de commentaires concernant la manière dont la croix a impacté notre culture, notre langage et notre histoire. L’auteur démontre son point de vue avec aisance, appuyant ses arguments sur de nombreuses sources – bibliques, patristiques ou encore de théologiens contemporains – et ne se privent pas d’énoncer les thèses adverses ou contradictoires, qu’il critique avec tout autant de facilité. La diversité des points de vue abordés et les commentaires qui y sont associés font la richesse de cet ouvrage.

Commençant par démontrer la centralité de la croix, Stott va petit à petit amener le lecteur à se dépouiller de ses a priori et à se poser des questions plus profondes et plus intéressantes. À la première, d’apparence simple – qui a tué Jésus ?-, l’auteur démontre que la Bible offre une multiplicité de réponses. En les étudiant les unes après les autres, Stott fait apparaître la richesse du texte biblique qui fait vivre ce paradoxe : simplicité dans la complexité.

Si dans un premier temps le lecteur est amené à contempler la croix de loin, il va peu à peu s’en rapprocher, pour être plongé au cœur même de ce châtiment que les Romains n’infligeaient qu’à leurs pires ennemis et que les Juifs qualifiaient de malédiction. Petit à petit, le lecteur comprend que l’œuvre de Christ à la croix est d’une ampleur extraordinaire, cosmique. Comme en tirant sur un fil, on débobine toute une pelote ; en évoquant la croix, on ouvre le champ du péché, de la responsabilité et du pardon. La trinité doit être abordée. Les notions de satisfaction et de substitution doivent être traitées. Tout ceci peut sembler trop théologique pour certains ; pourtant Stott fait un travail remarquable de pédagogie : il remet dans le contexte, résume, rappelle le point précédent, cite longuement des auteurs différents pour expliquer sa pensée. Il s’attache à démontrer qu’une mauvaise compréhension de ce qui s’est joué à la croix peut vider le sacrifice de Christ de son sens.

Propitiation, rédemption, justification, réconciliation… l’auteur prend le temps de définir chaque terme précisément, de les remettre dans le contexte de l’époque et d’en expliquer le sens en rapport avec l’œuvre de salut accomplie par Christ à la croix. Il met en évidence les points de vue catholiques, luthériens, réformés ou encore libéraux, permettant au lecteur d’avoir au passage une bonne compréhension du paysage théologique de la chrétienté. Pour finir, il emmène son lecteur sur le terrain pratique : professer la foi en Jésus, c’est vivre « sous la croix ». Dans cette partie, il traite abondamment du problème de la souffrance et de l’attitude du chrétien face à celle-ci.

Cet ouvrage, bien que présentant quelques longueurs, invite à la contemplation et à l’adoration de celui qui s’est dépouillé de sa gloire céleste pour s’incarner dans notre humanité, vivant la vie parfaite que nous aurions dû vivre, mourant la mort indigne qui nous revenait. Stott s’étonne au début du livre qu’un tel supplice ait pu devenir le symbole de la foi chrétienne. Étrange en effet de porter à son cou le symbole d’une mort si atroce. Pourtant, et le livre le démontre avec force, la croix est au centre de la foi chrétienne, au centre de la vie du chrétien : rien de ce qu’affirme la Bible ne peut être compris si ce n’est à la lumière de la croix de Jésus. Une croix historique. Une croix vide grâce à la résurrection. Une croix que chaque chrétien est invité à porter, non pas comme ayant une fonction rédemptrice, mais comme la manifestation du don de sa vie, par amour, pour les autres et pour Dieu.

Un livre à lire et à vivre comme une immersion au cœur du salut voulu par Dieu pour les hommes.

On pourrait dire que le concept de substitution est au cœur à la fois du péché et du salut. En effet, dans son essence, le péché caractérise l’homme qui se substitue à Dieu, tandis que le salut s’opère quand Dieu se substitue à l’homme. L’homme se dresse contre Dieu, s’arroge des pouvoirs et se met à la place qui revient à Dieu seul ; Dieu se sacrifie pour l’homme, se dépouille de ses prérogatives et prend la place qui revient à l’homme seul. L’homme revendique des droits qui n’appartiennent qu’à Dieu ; Dieu accepte des sanctions que seul l’homme mérite.

page 203

Références

La croix de Jésus-Christ
John Stott
1987
Éditions Grâce et Vérité, 2013
Traduit de l’anglais pas Antoine Doriath
Titre de l’édition originale : The Cross of Christ
461 pages

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *