Première de couverture du livre L'amitié spirituelle d'Eugène Peterson
Spiritualité

L’amitié Spirituelle, Eugène Peterson

Mon point de vue

Eugene Peterson s’appuie sur sa longue carrière de psychologue et de pasteur pour démontrer pratiquement que l’amitié et les conversations qu’elle génère peuvent être un soutien particulièrement précieux pour celui dont le chemin est jalonné par le découragement, le changement, la peine, le questionnement, le regret ; en somme pour celui qui traverse la vie, tout simplement.

Plutôt que d’écrire un essai où les arguments s’empileraient, l’auteur emmène le lecteur dans le concret de son quotidien – un quotidien fait de promenades dans la nature, de lectures, d’amitiés – au travers d’une série de lettres écrites à un ami imaginaire. Ce style épistolaire rend la lecture légère tout en permettant d’aborder plusieurs thèmes, de les délaisser puis d’y revenir, comme une mélodie dont le fil se perd et se retrouve inlassablement et qui vient rappeler aux oreilles du lecteur qu’il n’y a en fait qu’un seul mouvement, décliné de mille façons par toutes sortes de voix et d’instruments. Les lettres, de longueurs variables, forment chacune une petite unité, dont le début et la fin, toujours identiques, donnent à l’ensemble du livre un rythme aérien.  Au total, c’est plus d’une cinquantaine de lettres qui seront adressées tout à la fois au lecteur et à cet Alexandre imaginaire, inventé à partir de la multitude de rencontres faites par l’auteur dans son cabinet ou son bureau. Ce monologue épistolaire, comparable à ces conversations téléphoniques dont on n’entendrait qu’une des deux personnes parler, amène le lecteur à deviner quelles sont les questions et les difficultés rencontrées par Alexandre.  Divorcé et en fin de carrière, il est revenu à la foi chrétienne après une vie passée à lutter contre Dieu. Ses questionnements ressemblent aux nôtres et concernent la vie d’Église, la vie de prière, la gestion du temps, la famille, les regrets de la vie passée…

Redéfinissant le terme de « spiritualité », Eugene Peterson, invite son lecteur à voir au-delà de sa vie matérielle pour y saisir l’œuvre de Dieu, avec une emphase toute particulière sur l’action du Saint-Esprit. Tout en restant amical, l’auteur conseille, s’indigne, exprime des réserves ou reprend son destinataire. Ses jugements parfois très tranchés peuvent mettre le lecteur habitué à plus de nuances mal à l’aise. Son aversion pour les technologies ou encore sa critique acerbe de certains courants de psychothérapie obligent le lecteur qui n’est pas rebuté à questionner ses choix et ses orientations. Loin de remettre en question l’obéissance et l’endurance de la foi, l’auteur démontre qu’il est possible de les appréhender différemment, sous l’angle du rituel et de la dépendance à Dieu.

Déplorant la presque disparition des conversations amicales dans le milieu chrétien, au profit d’enseignements plus théoriques ou de consultations médicales, l’auteur rappelle combien l’amitié durable peut être bénéfique pour laisser à Dieu plus de place dans nos vies, qui à leur tour s’agrandiront. Une invitation à construire, reconstruire, réparer nos amitiés.  

Son problème n’est pas de formuler de petites prières mais de mener une petite vie  

page 47

Références

L’amitié spirituelle, une relation pour le développement de l’âme
Eugène H. Peterson
1998
Traduit de l’anglais par Sabine Bastin
Titre original : The wisdom of each other
Edition française : Farel- 2000

One Comment

  • Nelly

    excellente recension, me redonne envie de me replonger dans ce livre présent sur mes étagères et qui n’est pas parti « chez carpus » !

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